Parfumer le pétrole avec de l’huile de coco : la bonne intention du jour

La bonne intention

L’événement du début de l’été, c’est l’ouverture d’une maison du zéro déchet à Paris, sous Montmartre, par Zero Waste France. Si vous êtes allé vous dorer la pilule à Saint-Machin-les-Bains au lieu de caracoler vers la butte, vous avez peut-être loupé le coche…quoique.

En cette fin d’été, dans une intention louable sans doute, France Inter a donné le micro aux animatrices de ladite maison du zéro déchet. Aux premiers mots, ça semble engageant. Mais les bonnes intentions, comme chacun le sait, c’est l’enfer qu’elles pavent. Un enfer qu’on cache dans nos « centres de valorisation organique » et autres « centres de tri » proprets.

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Ce joli schéma aux couleurs pantone bien choisies vous explique comment, avec votre poubelle de déchets ultimes, on fabrique le terreau qui servira d’engrais au blé que vous mangerez. Deux détails ont été oubliés par l’infographiste : les bâtonnets plastiques de cotons-tiges qui ne sont pas détectés par la machine et qui restent intacts dans le terreau; et l’odeur pestilentielle qui   émane de ce faux compost.          source image : https://www.sytrad.fr/

 Extrait radiophonique :

Pour faire son propre déodorant, par exemple, pas besoin de nombreux ingrédients, quatre suffisent et ils se trouvent facilement dans le commerce : de la fécule de maïs, du bicarbonate, de l’huile de coco et du beurre de karité. Que des produits naturels. Car au-delà de moins polluer, ce qui intéresse les participants c’est que ce soit meilleur pour la santé.

Ex(plic)aspération de texte

C’est le moment où je joue la rabat-joie. Vous pouvez aussi passer au chapitre suivant si vous n’êtes pas d’humeur à partager mon indignation. 

1) L’huile de coco et du beurre de karité. Que des produits naturels : que le terme « naturel » soit galvaudé, d’accord, ça n’est pas nouveau. Que cette phrase sorte de la bouche d’une animatrice zéro déchet, m’agace un tantinet. Le pétrole aussi c’est naturel. Je n’en ferais pas ma lotion du matin pour autant. Faire appel à la nature pour justifier l’utilisation de ces produits, c’est un sophisme. Et c’est à mon sens, indigne des chantres du zéro déchet.

2) Car au-delà de moins polluer : moins polluer quoi au juste ? Oui, en utilisant ces produits on économise clairement d’affreux emballages plastiques. Et on limite les substances polluantes dans la composition des cosmétiques. On pollue donc un peu moins notre sol et nos eaux. Mais il reste, entre autres, la pollution due au transport de l’huile de coco et du beurre de karité depuis l’Asie du sud-est et l’Afrique de l’ouest. Il y a des tonnes d’articles en ligne sur les problématiques du transport maritime mais puisqu’il faut choisir, je vous conseille la lecture toute simple de l’atlas des mers et océans, aux éditions Autrement (pour changer un peu des articles sur le net et faire connaissance avec votre médiathèque).

3) Car au-delà de moins polluer (bis repetita) : moins polluer, ça passe aussi par conditionner les produits dans de grands emballages. Un petit tour chez biocoop suffit pour constater que le conditionnement de l’huile de coco et du beurre de karité est un échec sur ce plan. Sans compter le recyclage des opercules et des pots en verre qui s’ajoute au bilan pas très net de ces deux produits. (le recyclage coûte cher et pollue, je me répète un peu sur ce blog, j’en conviens…) D’ailleurs, la page « cosmétiques » de biocoop nous offre également une perle qui mériterait bien la même ex(plic)aspération de texte : « Moins de pétrole, plus de nature ! » Amen.

3) …ce qui intéresse les participants c’est que ce soit meilleur pour la santé : je pourrais quasiment souscrire à cette affirmation. En effet, réduire mes déchets s’est accompagné d’une prise de conscience concernant ma propre santé. Mais j’essaie de penser à celle des autres aussi. Je n’ai pas encore fouillé ce sujet, mais une brève incursion sur le net semble confirmer mes doutes. Raffinées, les huiles de coco et de karité perdraient de leurs propriétés. Comme le sucre ! Et comme le sucre, il semble que leur production ne soit pas toujours éthique. Alors, bon courage pour celleux qui voudraient séparer le bon grain de l’ivraie. Or, je suis la première à transgresser la règle du « tout local » : j’adore le chocolat et j’en mange presque tous les jours. Je suis donc assez mal placée pour conseiller de ne pas consommer ces produits. Mais je trouve scandaleux qu’ils soient vantés comme des solutions miracles à la prolifération des déchets, quand on constate, en quelques clics seulement, quelles implications ils induisent. Conserver des relations commerciales avec le reste du monde : oui ! Mais avec lucidité, parcimonie et éthique.

On peut aussi faire d’autres choix et/ou assumer qu’on n’est pas parfait mais qu’on cherche des solutions, à tâtons

Ce qui suit n’est pas une apologie du protectionnisme mais juste quelques astuces pour éviter les odeurs de transpiration. Astuces qui tentent – tant bien que mal – de choisir des ingrédients pas trop éloignés, bios ou éthiques, de limiter leur nombre et de les prendre en grands contenants. J’ai testé ces astuces et je vous les conseille. Mais j’espère aussi me garder de l’enthousiasme aveugle des animatrices de la maison du zéro déchet. Car ces alternatives n’ont rien d’une panacée, elles exigent toutes qu’on se pose des questions sur nos habitudes de consommation. Sans relâche !

Pour des aisselles qui sentent bon, ou qui sentent juste vous :

  • HE Lavande vraie (origine France) : étaler 1 goutte sous chaque aisselle après la douche
  • Si vos aisselles sont irritées : HE lavande + huile d’olive (de Tunisie ou d’Espagne si vraiment vous êtes fauchés, ou bien de France si vous êtes un peu moins fauchés). En bouteille d’1 L ou en vrac si vous avez la chance d’avoir un Jean Bouteille pas loin de chez vous.
  • Boire suffisamment d’eau chaque jour
  • Devenir végétarien.ne
  • Se préserver du stress et de la chaleur

Et dans tout cela, ajoutez le dernier ingrédient : la sobriété. Les cosmétiques ne devraient pas être utilisés de façon systématique, mais répondre à des besoins précis et ponctuels. Notre corps, dans de bonnes conditions, est une formidable machine !

Allez, je m’en vais rêver sous les cocotiers.

La webothèque de cet article :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-nouveau-monde/le-nouveau-monde-28-aout-2017

https://www.zerowastefrance.org/fr/zero-waste-france

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http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/06/30/la-premiere-maison-du-zero-dechet-ouvre-a-paris_5153533_4415198.html

http://poubellelavie.org/index.php/2017/06/13/inauguration-de-la-maison-zero-dechet-a-paris-le-1er-juillet/

https://www.sytrad.fr/centres-de-valorisation-organique.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophisme

https://www.autrement.com/ouvrage/atlas-des-mers-et-oceans-andre-louchet-frederic-miotto

http://www.toupie.org/Dictionnaire/Protectionnisme.htm

http://www.jeanbouteille.fr/

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