Les emballages

Il y a quelques semaines, on m’a suggéré de proposer une émission radio pour parler des déchets. Je me suis donc lancée ! Elle s’appelle Poubelle Chérie et est diffusée puis rediffusée une fois par semaine.

Pour écouter ou réécouter l’émission :

Cliquez ici

Et voici une transcription, ainsi que les sources qui m’ont permis de l’écrire.

 

Vous en avez marre de sortir les poubelles ? Oui, moi aussi. Alors, on va décrypter les emballages et leur faire la peau !

Un fait une date, un chiffre

4 216 600. C’est le nombre d’emballages jetés en France depuis le 1er janvier. Donc, en 26 jours. Mais au fait, c’est quoi un emballage ? Alors, je vais sur internet et je tape dans mon moteur de recherche : “emballage définition”. Tiens, c’est marrant ça : les deux premiers liens mènent vers le site www.defintions-marketing.com

Je passe mon chemin et je vais chez Larousse qui propose la définition simpliste : “tout ce qui sert à emballer” D’accord, sauf que parfois, ce n’est pas toujours évident de distinguer le produit de son emballage. Le tube de carton sur lequel est enroulé le film alimentaire par exemple est un emballage.

Alors Ecoemballages à pensé à nous et a publié en ligne une liste d’emballages et de produits. La liste fait 8 pages. J’ai relevé des types d’emballage au hasard dans cette liste et je me suis bien marrée. Je vous lis mes trouvailles telles qu’elles sont désignées dans la liste : applicateurs de tampons hygiéniques, brochettes avec un produit piqué, matériau absorbant rattaché à un bouchon, peau de saucisse, saucière en porcelaine contenant des plats préparés, cierge magique, tabouret en plastique pour pizza.

Bon, ça me fait rigoler un peu jaune quand même. Tous ces objets idiots qu’on achète et qu’on jette, c’est un non sens. Et une fois qu’on composte nos déchets verts, et bien ces emballages nous sautent aux yeux. Ils envahissent littéralement notre poubelle.

Un constat

Quand je me suis lancé dans la réduction des déchets, j’ai pensé bien faire en veillant à acheter des produits emballés dans des contenants recyclables. Or une multitude de produits sont emballés dans du plastique, ce matériau est presque incontournable. Et le plastique, n’est pas toujours recyclé ou recyclable.

En 2016, selon Ecoemballages, 59% des emballages plastiques sont recyclables, dont 56% pour les bouteilles et les flacons. Pourtant, en 2010, Ecoemballage a investi 30 millions d’euros pour rendre possible le recyclage d’autres type de plastiques. Donc, 30 millions d’euros n’ont pas suffit à dépasser les 59% d’emballages plastiques recyclés. En plus, c’est la même ritournelle à chaque fois : les consignes de tri dépendent aussi de la commune dans laquelle on se trouve.

Et là, je me rappelle du résultat de ma recherche sur internet. Quand je cherche la définition du mot emballage, je tombe sur un site dédié au marketing. Pourquoi ? Parce que les emballages sont aussi (et surtout) des supports de promotion commerciale.

Larousse nous rappelle ce qu’est le marketing : ensemble des actions qui ont pour objet de connaître, de prévoir et, éventuellement, de stimuler les besoins des consommateurs à l’égard des biens et des services.

Donc, résumons. Notre poubelle regorge d’emballages en plastique, que nous ne pouvons pas toujours recycler bien que nous ayons payé très cher pour cela. Et ces mêmes emballages portent les messages qui nous ont conduit à les acheter, en stimulant un besoin qu’on n’avait pas forcément au départ. Et pour stimuler nos besoins, les idées ne manquent pas ! Je ne vois alors qu’une solution pour me soustraire à tout ça : partir en guerre contre les emballages.

Mon expérience de changement : porter un regard critique sur les emballages que j’achète

Je vous parlerai des alternatives aux emballages jetables : sacs en tissu, bocaux, achats en vrac etc. Mais avant cela je voudrais être bien certaine que je fais le bon choix en désignant les emballages plastiques comme les ennemis à abattre. Parce que je me rends compte qu’ils emballent nombre de produits du quotidien et que ce n’est pas toujours facile de s’en passer.

Je dégaine alors ma première arme : le commentaire de texte. Si vous le voulez bien, prenons un exemple : le savon noir liquide, de marque Briochin, dans une bouteille en plastique bleu, avec un petit pulvérisateur. Je vous lis le texte qu’on trouve sur l’emballage : Jacques Briochin, artisan droguiste depuis 1919. Savon noir prêt à l’emploi. L’authentique recette à l’huile de lin. L’original depuis 1919 (oui oui, on a compris).

Bon et puis ils ont mis une série de patchs en bas de la bouteille : ecocert, origine naturelle, nettoie, dégraisse nourrit et fait briller toutes les surfaces, fabrication artisanale française.
Et enfin, la petite illustration : une femme en jupe et chemisier qui passe l’éponge près avoir pshitté du savoir noir.

Même pétrie des plus belles intentions écologiques et éthiques du monde, c’est typiquement le produit que je n’achèterais pas. Toutes ces allégations merveilleuses entassées les unes sur les autres, ça me semble suspect.

Alors je vais fouiller un peu…

L’argument massue est écrit en rouge : c’est le label Ecocert.
Ecocert est un organisme privé de certification des produits issus de l’agriculture biologique. Les produits certifiés répondent à un référentiel qu’on peut consulter en ligne (lecture chiante garantie).
Je lis :

Les principes fondamentaux du référentiel. PROTEGER notre planète et ses ressources . INFORMER le consommateur. REDUIRE les rejets et les déchets inutiles (ah, ça c’est intéressant!)

Hop, je vais directement au paragraphe consacré au conditionnement. Alors, sur 40 pages, il y a 2 pages sur les emballages. Je trouve ça plutôt léger. Mais, bon, après tout, Ecocert, c’est avant tout pour certifier des produits issus de l’agriculture biologique. Mais au nom de la cohérence, ne peut-on attendre plus ? Voilà ce qui est dit dans le référentiel Ecodétergent d’Ecocert à propos des emballages :

Le conditionnement se fera dans le plus strict respect de l’environnement et donc sous des formes et des volumes recyclables et faiblement consommateurs d’énergie. Dans la mesure du possible, le conditionnement sera réalisé avec des matériaux qui possèdent une filière de valorisation matière.

Si je comprends bien, le “plus strict respect de l’environnement”, ça veut dire que les emballages doivent êtres recyclables et produits avec peu d’énergie. Ça ne me semble pas très strict tout ça. Quid des matériaux de fabrication de cette bouteille ? L’utilisation du pétrole pour fabriquer cette bouteille par exemple, correspond-elle plus strict respect de l’environnement ? Et pourquoi ne parle-t-on pas de réduction de ces emballages plutôt que de leur recyclage ?

Je continue ma lecture :

Les fabricants doivent essayer au maximum de mettre sur le marché un système de recharge pour leurs produits

“Essayer au maximum ?” Euh…c’est à dire ? En tout cas, je n’ai jamais vu un système de recharge Briochin et je ne sais pas si Briochin “essaye” vraiment.

Bon, voilà à peu près tout ce que dit Ecocert sur cette affreuse bouteille bleue que j’ai dans les mains. Donc, attention, les labels bio ne nous renseignent pas forcément sur la nature des emballages du produit. Un produit peut donc être fabriqué de façon vertueuse : en agriculture biologique, de façon équitable pour chaque travailleur impliqué etc. Mais ce même produit peut être emballé avec peu d’égards pour les questions environnementales ou sanitaires, comme on vient de le voir.

Par ailleurs, le label Ecocert s’attache au “caractère biodégradable ou recyclable des emballages” mais pas à leur provenance, ni à la provenance des matériaux qui les composent. Ainsi, on peut avoir un produit issu de l’agriculture équitable et biologique, contenu dans une bouteille recyclable mais qui, elle, peut venir de Chine, traverser le monde en bateau et contenir du pétrole.

Mais rappelez-vous, l’objectif premier de cet emballage est de susciter chez vous, le besoin d’acheter le produit, notamment en y inscrivant des messages séduisants.

D’ailleurs, on peut lire sur la bouteille : origine naturelle.
L’origine de quoi ? Du savon noir ? Ça n’a pas de sens, puisque le savon noir est un mélange cuisiné par les humains. La nature n’a pas grand-chose à voir avec cette tambouille. L’origine des ingrédients peut-être ? Donc si je reformule : “cela provient de la nature, donc c’est bon, efficace, sain…etc”. C’est un argument que j’entends parfois à propos des huiles essentielles. Là encore, il faut faire attention. Une substance 100% naturelle n’est pas forcément bonne pour l’homme ou efficace pour combler ses besoins : la ciguë et le pétrole sont 100% naturels, non ?

Passons à la suite. La stratégie marketing de Briochin s’attache aussi à réveiller le patriote en nous. Son savon noir est de Fabrication Française !
> Extrait 3 – Cocorico, mon coq chante
Ok, ok, après vérification, la société Harris-Briochin siège à St Malo, ça s’annonce bien. Et elle respecte sans doute la législation qui réglemente l’utilisation des termes « fabrication française ». Le problème, à mes yeux, c’est que la loi impose des règles assez légères je cite le §2 de l’article 60 du Code des Douanes de l’Union (européenne): une marchandise est considérée comme originaire du pays où elle a subi sa dernière ouvraison ou transformation substantielle, économiquement justifiée […], et ayant abouti à la fabrication d’un produit nouveau ou correspondant à un stade de fabrication important. Il me semble donc qu’on peut avoir un produit de fabrication française pourtant emballé dans un contenant fabriqué aux quatre coins du monde. On retrouve la distinction entre produit et emballage que nous avons évoqué tout à l’heure. Pourtant, les deux ne font qu’un au fond de notre caddie de supermarché..

Briochin nous vante également la fabrication artisanale de son savon noir.
Alors, “fabrication artisanale” ça n’est pas une mention officielle, c’est juste un message commercial. Cette mention n’est réglementée que pour les métiers de bouche (la DDPP -ancienne répression des fraudes- me l’a confirmé au téléphone). Donc ça ne renseigne sur rien de concret. Naturellement, peut-être que le patron de Briochin a obtenu le titre d’artisan savonnier, mais c’est très facile à avoir : il faut justifier d’un CAP ou BEP ou autre qualification équivalente. Ou encore, avoir été à immatriculé au répertoire des métiers, ça ne renseigne pas sur la qualité du produit.

D’ailleurs, Wikipédia me conforte dans le doute avec sa définition de mot “artisanat”. L’artisanat est la transformation de produits grâce à un savoir-faire particulier et hors contexte industriel. Comment fait la société Harris-leBriochin pour rester hors du contexte industriel en faisant 7 millions de chiffre d’affaires (en 2009) ? Je me pose encore la question.

L’allégation “fabrication artisanale” ne signifie donc pas nécessairement que Briochin fait du bon boulot dans son petit atelier de Saint Malo.

Ah, et puis, côté social, société.com indique que la société Harris-LeBriochin (le siège, et pas les ateliers de fabrication) compte de 20 à 49 salariés, ce qui la dispense de mettre en place un comité d’entreprise pour ses salariés…

J’en ai presque terminé avec cette affreuse bouteille bleue.

Mais avant de se quitter, j’ai quand même envie de dire : Jacques Briochin, le pseudo ancêtre de la société du même nom est un macho

L’illustration de la bouteille est sans ambiguïté : à la maison, chez les Briochin, c’est bobonne permanentée qui brique la maison en jupe et chemisier. Vous croyez qu’elle descend les poubelles aussi?

Rassurez-vous, adorable auditoire. Je ne me prends pas la tête comme ça sur tous les emballages que je croise. Mais j’ai appris que trop de promesses commerciales sur le packaging, c’est suspect.

La solutions enfin trouvée : l’astuce, ses inconvénients et ses avantages

Pour réduire mes déchets et consommer de façon responsable, je préfère aujourd’hui privilégier les produits les plus bruts possibles ou ceux qui offrent de vrais avantages écologiques comme le remplissage des flacons vides par exemple. Ainsi, si vous ne pouvez pas vous passer d’un nettoyant à tout faire, vous pouvez opter pour celui des magasins Biocoop qui le proposent en vrac.

Mais vous avez peut-être déjà chez vous, de quoi nettoyer, dégraisser, nourrir et faire briller toutes vos surfaces !

Par exemple, pour faire briller un carrelage de salle de bain , le vinaigre blanc est parfait. Pour dégraisser une plaque de cuisson : le percarbonate de soude fera des merveilles. Des centaines de recettes sont en ligne et ces produits de base sont trouvables facilement. Moi je choisis ceux de la marque “la Droguerie Écologique”. Ils sont conditionnés en sachets de papier.

Voilà pour faire le ménage sans savon-noir. Pour ce qui est du gommage de la peau, sucre et miel auront le même effet. Et si vous ne pouvez pas vous passer de savon noir, et bien offrez-vous une soirée au hammam, c’est même recommandé pour résister aux maux de l’hiver !

Le mot de la fin

Bravo si vous avez survécu à ce commentaire de texte. Je vous rappelle les bonnes résolutions du jour pour réduire vos déchets : méfiez-vous des arguments marketing, privilégiez l’achat de produits bruts et concoctez vos propres produits ménagers ou cosmétiques.

***

Son :

– Trash Day, par Weird Al Yankovic. Album : Poodle Hat, parodie de Hot in herre, de Nelly – 2003
– Echo-logik, par High Tone. Album : Bass Temperature – 2001

Sources :

http://preventiondechets.fne.asso.fr/fr/je-minforme/la-prevention-des-dechets/emballages.html
https://www.sytrad.fr/centres-de-valorisation-organique.html
http://www.ecoemballages.fr/eco-emballages/qui-sommes-nous/rapport-annuel
https://www.planetoscope.com/recyclage-collecte/694-emballages-menagers-jetes-en-france.html
http://www.ecoemballages.fr/grand-public/les-enjeux-du-point-vert/le-recyclage-des-emballages-en-plastique
http://www.ecoemballages.fr/sites/default/files/chiffrescles2016-ecoemballages.png
http://www.ecoemballages.fr/sites/default/files/documents/liste_non_exhaustive_dexemples_demballages_et_de_produits_novembre_201.pdf

Recyclage du plastique :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Code_d%27identification_des_r%C3%A9sines

Greenwashing / marketing :
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/marketing/49526
https://hal-upec-upem.archives-ouvertes.fr/hal-01123727/file/Les_suremballages_des_emballages__superflus_pour_les_consommateurs-libre_1-libre.pdf
http://www.societe.com/societe/harris-377826136.html
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F96 : comité d’entreprise
http://www.douane.gouv.fr/Portals/0/fichiers/professionnel/declaration/circulaire-marquage-de-l-origine-du-13-mai-2016.pdf
https://fr.wikipedia.org/wiki/Direction_g%C3%A9n%C3%A9rale_des_douanes_et_droits_indirects
https://fr.wikipedia.org/wiki/Artisanat
https://www.lebriochin.com/mentions-legales/

http://www.60millions-mag.com/2011/01/05/quel-label-bio-se-fier-8052
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cocert
www.ecocert.com/le-groupe
http://www.ecocert.com/ecodetergents
http://www.ecocert.com/sites/default/files/u3/Referentiel-des-Ecodetergents-a-base-d-Ingredients-Biologiques-Ecocert-Greenlife-2017.pdf
https://www.definitions-marketing.com/definition/emballage-primaire/
https://reporterre.net/Le-fleau-des-bouteilles-en-plastique-en-une-infographie

Les solutions :
http://www.conservation-nature.fr/article3.php?id=134

 

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