Le compostage

Il y a quelques semaines, on m’a suggéré de proposer une émission radio pour parler des déchets. Je me suis donc lancée ! Elle s’appelle Poubelle Chérie et est diffusée puis rediffusée une fois par semaine.

Pour écouter ou réécouter l’émission, sur le site de radio Saint Ferréol :

Cliquez ici

Et voici une transcription, ainsi que les sources qui m’ont permis de l’écrire.

Vous en avez marre de sortir les poubelles ? Oui, moi aussi. Alors, on va parler des vers de terre…. et du compostage.

Un fait une date, un chiffre

33kg. C’est la quantité de nourriture moyenne jetée par an et par habitant. Plats tous faits mais pas entamés, restes de repas, fruits et légumes abîmés, pain dur ou moisi finissent à la poubelle… Ces 33 kg représentent 1/3 de votre poubelle. On appelle cela les déchets verts, les biodéchets ou encore déchets organiques.

Un constat

A part le fait que ce soit du gâchis, pourquoi c’est embêtant de mettre ses déchets verts dans la poubelle grise ?

Parce qu’en recevant des déchets organiques, votre poubelle sens mauvais et dégouline dans votre escalier quand vous la descendez. J’ai longuement hésité à vous parler de ça. Je sais que vous allez passer à table ou que vous y êtes déjà, et je suis navrée si j’ai gâché votre repas. Mais je crois que c’est une réalité dont il faut parler, qui encombre notre quotidien, anecdotique mais pénible. Alors qu’on peut faire autrement.

Et parce que cette réalité peu engageante nous empêche, à mon avis, d’ausculter vraiment notre poubelle et de s’interroger sur les déchets qui s’y trouvent. La solution serait donc de séparer les déchets (d’un côté les biodéchets, de l’autre les déchets non recyclables), et de composter les biodéchets.

Mais au fait, le compost, c’est quoi ?

C’est la transformation des déchets organiques en un produit stable, hygiénique et de composition presque semblable à celle de l’humus. C’est un processus en deux phases :

– Une phase de dégradation opérée par des bactéries puis par des champignons

– Puis une phase de maturation qui transforme la matière organique dégradée en compost mûr, qui pourra servir de fertilisant pour les sols.

Ok, moi je suis partante pour le compostage ! Je fonce sur le site du Syndicat de Traitement des Déchets de mon département (le SYTRAD) et je tombe sur une fiche qui vante les mérites du compostage individuel et me propose d’acheter un gros composteur pour 30€. Chouette ! Oui, sauf que j’habite en appartement. Alors le bac à compost de 200 litres, c’est pas pour moi.

Je continue de surfer sur le site du Sytrad et là je découvre que ma poubelle grise ne va pas être enfouie ou brûlée mais compostée. Oui, le Sytrad m’assure que tout va bien, que je peux dormir sur mes deux oreilles et remplir ma poubelle grise sans me poser de question. Pourquoi ? Parce que nous avons trois beau beaux CVO. : des Centres de Valorisation Organique.

Des quoi ?

Des usines où l’on apporte le contenu des poubelles grises : épluchures, fleurs fanées, pots de yaourt, couches culottes…etc ; donc, des biodéchets et des déchets non recyclables mélangés.

Le tout est trié par une énooorme machin ! On appelle cela, le tri mécano-biologique, ou TMB. Elle sépare donc les déchets non recyclables des biodéchets. Le tri se fait grâce à des bio-réacteurs : de gros tuyaux de 48 m de long dans les quels on dépose les sacs poubelle pleins. Une pale déchire les sacs. On ajoute de l’eau et on brasse l’ensemble pendant deux jours. Ensuite on passe tout au crible, à travers des mailles mais aussi des courants électriques ou des courants magnétiques qui permettant de capter plastiques, alus, métaux etc. Une fois récupérés, ces déchets seront vendus en chaufferie ou en fonderie. Les biodéchets, eux, seront compostés.

Sur le papier, ça à l’air pas mal. Je me rends donc sur place et je visite ce fameux centre de valorisation. Il y en a trois dans la Drôme, à Etoile-sur-Rhône, Beauregard-Baret et Saint-Barthélémy-de-Vals.

Alors déjà, ça sent très mauvais. Même dans la salle où le compost est fabriqué. Le compost que font mes parents au fond de leur jardin, lui, a une bonne odeur de sous-bois. Mais dans un CVO, le compost pue la poubelle, voir la merde. Rien de très engageant. Le guide prend une poignée de compost pour nous le montrer. Je m’approche, et je vois un amas glaiseux d’un brun-gris indéfinissable. Et je vois aussi un coton-tige bleu. Ah, on dirait que le fameux tri mécano-biologique ne reconnaît pas les coton-tige. Eh oui, c’est que les plus petites mailles du filet font 3 cm, largement de quoi laisser passer un coton-tige. Pourtant, le SYTRAD annonce fièrement que -je cite- “le compost est revendu aux agriculteurs locaux pour fertiliser leurs vergers.” Beurk.

Je reviens donc de cette visite avec plus de questions que de réponses, et aucune envie d’encourager la fabrication d’un compost plein de plastique. J’ai donc cherché à en savoir plus sur les CVO.

Des sources en ligne parlent de dépenses colossales pour construire ces chaînes de tri. Celle d’Etoile-sur-Rhône, que j’ai visité, à coûté 18 millions d’euros. Son coût de fonctionnement pour les années qui viennent se compte lui aussi en millions d’euros.

Les sources parlent également d’un compost de mauvaise qualité. Pourtant, j’apprends aussi que ce compost répond à une norme et qu’il est régulièrement testé.

Mais cette histoire de norme ne me suffit pas, je veux en savoir plus.

Les CVO tels que ceux du SYTRAD, c’est un peu la poubelle grise qui entre soudain dans la chaîne alimentaire. Et ça n’est pas du goût de tout le monde.

– La Suisse, l’Allemagne et le Québec ont interdit l’épandage de ce compost sur les cultures. Dans ces trois pays, certains Centres de Valorisation Organique ont été fermés et ceux qui restent servent à stabiliser les matières avant de les brûler ou de les enfouir.

– En France, il y a l’ADEME (l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie, c’est un organisme public.) l’ADEME, donc, en 2016, a décidé de ne plus apporter de soutien financier aux CVO qui envisagent de vendre leur compost pour l’agriculture.

– Enfin, certaines sources avancent que le compost produit avec la poubelle grise est impropre aux cultures maraîchères qui nécessiteraient un compost plus fin et de meilleure qualité. Il ne conviendrait qu’aux cultures céréalières destinées au fourrage animal.

Les craintes de l’ADEME et le soupçon de toxicité de ce compost pour la culture des fruits et légumes pointent du doigt une éventuelle nocivité pour notre santé et celle de nos sols.

Allons plus loin. Donc, à part des coton-tige, que trouve-t-on dans un compost issu du tri mécano-biologique ?

Allez, c’est parti pour un inventaire à la Prévert, pas si vert que ça : métaux, médicaments, résidus de pesticides, cendres riches en éléments-traces métalliques(1), polychlorobiphényles (qui sont des produits organiques chlorés utilisés comme isolants électriques), et enfin dioxines. Tout cela se retrouve dans les sols et présente un risque de contamination des plantes cultivées. (1) On ne dit plus « métaux lourds » mais éléments-traces métalliques, ou ETM

Pourtant, ce compost respecte la norme U 44 051, relative aux amendements organiques !

– En effet, en France, la qualification de “compost” est soumise au respect de cette norme. Mais le hic, c’est que les valeurs limites en polluants retenues par la norme ne font pas l’unanimité. Ainsi, la norme autorise jusqu’à 20% de matières non organiques dans le compost. Donc, dans un seau de 5L de compost on pourrait éventuellement trouver jusqu’à 1 litre de plastique, de métal ou de verre.

– Pourtant cette norme est défendue et montrée comme exemplaire. Parce que sur d’autres sujets elle est la plus stricte d’Europe : cuivre, zinc, mercure, plomb, chrome et cadmium sont très limités et surveillés.

– Ah, et pour information, un test de conformité à la norme coûte entre 1200 et 1500€. … mmmm Avec le prix d’un test je pourrais acheter …40 composteurs…ça me laisse rêveuse.

Nous avons donc là une norme soupçonnée de laxisme, mais aussi un système inefficace et coûteux

– Car un centre de tri mécano-biologique ne peut pas fonctionner sans décharge ou incinérateur, car il doit pouvoir évacuer les déchets non traitables ou refusés. Cela représente souvent 40 à 60 % des tonnages qui entrent, selon l’ADEME.

– Dans certains centres de tri, le compost produit n’atteint même pas les critères imposés par la norme. Dans ce cas, il doit être éliminé lui aussi avec les refus. L’ADEME appelle donc les collectivités à se demander si le TMB est vraiment la meilleure solution pour traiter les ordures ménagères.

Après ces recherches, j’arrive à une conclusion absurde :

Selon l’ADEME toujours, un centre de valorisation organique qui fonctionne à la perfection est capable de composter 36% des ordures ménagères. On l’a vu tout à l’heure, c’est le tiers de notre poubelle grise. Or, on l’a vu aussi, elle ne fabrique pas un compost de meilleure qualité que le compost fabriqué ailleurs. Donc on arrive au même résultat qu’avec le compostage individuel : 1/3 de déchets traités, dans le meilleur des cas. Mais il faut y ajouter, le coût et les risques sanitaires et environnementaux.

Mais alors, pourquoi ne pas trier à la source, dans notre cuisine ? Pourquoi faire un travail coûteux, inefficace et dangereux alors qu’on pourrait séparer tout de suite nos déchets, même si l’on n’a pas de jardin pour faire du compost ? D’autant que la loi de transition énergétique votée en 2015 préconise que le service public -je cite- “progresse dans le développement du tri à la source des déchets organiques, jusqu’à sa généralisation pour tous les producteurs de déchets avant 2025, pour que chaque citoyen ait à sa disposition une solution lui permettant de ne pas jeter ses biodéchets dans les ordures ménagères résiduelles,.” On dirait que le SYTRAD fait fausse route avec ses Centres de Valorisation Organique. Et je ne sais toujours pas quoi faire de mes épluchures.

Heureusement, un ver de terre est venu à ma rescousse.

Mon expérience de changement : les ratés, les écueils, les déconvenues

C’est décidé, je vais quand même composter mes déchets verts, même si j’habite en appartement ! Ni une ni deux, je propose à la propriétaire de mon immeuble de poser un composteur dans le petit jardin commun. Refus catégorique. Peur des odeurs et des rats. Je m’engage à gérer ça. Refus de nouveau.

Je propose alors à mes colocataires de fabriquer un lombricomposteur et de le mettre dans la cuisine. Refus catégorique. Dégoût. Des vers dans la cuisine ? Beurk !

Je suis seule avec mon idée et à cours d’arguments.

Et puis je trouve ma solution. J’apprends, qu’il y a un composteur collectif près de chez moi. Il est géré par les habitants de mon quartier. En plus, il est à deux pas d’un petit parc, d’une librairie charmante et d’un bar associatif que j’aime beaucoup.

J’achète alors un joli petit seau avec un couvercle et j’apporte mes épluchures une fois par semaine au composteur collectif. Et je découvre que d’autres solutions existent pour opérer le tri à la source !

La/les solutions enfin trouvée/s : l’astuce, ses inconvénients (pour éviter la langue de bois) et ses avantages

Comme l’a souligné la Commission Européenne -je cite- «Le compostage […] offre les résultats environnementaux et économiques les plus prometteurs pour les biodéchets qui ne peuvent pas être évités. La bonne qualité des matières qui subissent ces processus constitue une condition préalable importante. Dans la majorité des cas, c’est la collecte séparée qui est la plus performante pour assurer cette bonne qualité. Les États membres devraient déployer de sérieux efforts pour mettre en place la collecte séparée.”

Bon, pour les sérieux efforts, on repassera hein. En attendant que les pouvoirs publics se bougent, bougeons-nous ! Donc le plus efficace est de séparer les bio-déchets du reste de la poubelle grise. Pour cela, plusieurs solutions :

– Le compost au fond du jardin : en tas ou dans un composteur

– Le compost collectif en pied d’immeuble ou dans votre quartier

– Le lombricomposteur dans la cuisine

– Pour trouver un composteur de quartier on peut le demander à sa mairie ou le chercher sur le site jeveuxmonbacbio.org. Par exemple, à Crest, il y a un composteur au parc du Bosquet.

– Pour créer un composteur collectif, c’est l’association drômoise Compost et Territoire qui pourra vous aider.

– Pour construire un lombricomposteur, suivez le tuto sur le site de Compost et Territoire.

– Et pour mettre un composteur dans votre jardin, vous pouvez en acheter un auprès de votre mairie ou dans une jardinerie, ou bien le construire vous-même avec des palettes de récup’.

En moyenne, un site de compostage collectif permet de traiter entre 1 et 4 tonnes de biodéchets par an. Et vous aurez un allié de choix pour obtenir un compost de bonne qualité : le ver du fumier. On l’appelle aussi ver rouge, ver tigré, mais son nom officiel c’est Eisenia Fetida. En somme, c’est l’oncle fétide de la famille des vers de terre. Il s’appelle fétide, non pas pour sa proximité avec le fumier, mais parce qu’il produit une substance âcre quand il se sent menacé. Son péché mignon ce sont les matières organiques en décomposition. Son paradis, un composteur sombre et humide.

Sous son air discret c’est une force de la nature : en un an, il peut avoir 500 descendants et en une journée, il mange l’équivalent de son propre poids.

Sa seule faiblesse : il craint la pollution des sols.

Si vous voulez faire connaissance avec Eisenia Fetida, adressez-vous auprès des référents d’un composteur collectif ou inscrivez-vous sur le site plus2vers.fr

Une recommandation (livre, blog, site…)

Je termine en ajoutant quelques mots sur l’association Compost et Territoire. Cette association promeut le compostage de proximité plutôt que le compostage industriel ou municipal. L’adhésion est à 5€ par an. Grâce aux bénévoles de Compost et Territoire, vous pourrez :

– Trouver un composteur près de chez vous

– Obtenir des conseils pour bien composter

– Vous faire aider pour monter un projet de composteur

– Devenir guide ou référent composteur

***

Je vous rappelle la bonne résolution du jour : compostez vos biodéchets pour faire un compost de qualité, et pour y voir plus clair dans votre poubelle !

La prochaine fois, on met le nez dans la poubelle et on déclare la guerre aux pots de yaourt ! Tels des myrmidons déterminés, nous balaierons ces indésirables jusqu’au dernier !

Son :

– Trash Day, par Weird Al Yankovic. Album : Poodle Hat, parodie de Hot in herre, de Nelly – 2003

– Dirty urban beat, par Hightone. Album : Out back – 2011

– Extrait : les décomposeurs (court-métrage Folimage)

Sources :

CVO : loi, normes :

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000031044385&categorieLien=id

http://www.ledauphine.com/drome/2010/02/25/le-centre-de-valorisation-du-sytrad-a-etoile-est-en-cours-de-construction

https://wiki.aurea.eu/index.php/NF_U_44-051

https://www.boutique.afnor.org/norme/nf-u44-051/amendements-organiques-denominations-specifications-et-marquage/article/686933/fa125064

https://www.actu-environnement.com/ae/news/compost_ordures_menageres_norme_NF-U-44-051_7782.php4

http://www.ademe.fr/expertises/dechets/passer-a-laction/tri-pretraitement/traitement-mecano-biologique

https://www.actu-environnement.com/ae/news/norme-dechets-francais-retard-biodechets_10084.php4

http://www.cniid.org/Le-mirage-du-compostage-sur-ordures,239

http://www.cniid.org/Traitement-mecano-biologique,570

http://www.cniid.org/La-gestion-actuelle-des-biodechets-en-France,100

http://www.nord-pas-de-calais.chambre-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/Hauts-de-France/028_Inst-Nord-Pas-de-Calais/Telechargements/Recyclage/fiche2-seuils-reglementaires-fixes-par-les-normes.pdf

https://www.sytrad.fr/files/parcours-des-dechets/les-ordures-menageres.html

http://poubellelavie.org/index.php/2016/04/04/conseil-syndical-du-sytrad-du-03022016/

http://lesvertsbagnolet.over-blog.com/article-le-tmb-a-ne-marche-pas-la-preuve-a-saint-barthelemy-de-vals-en-drome-119649092.html

Tri à la source :

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A52010DC0235

Compostage :

http://cniid.fr/IMG/pdf/DICO.pdf

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ver_du_fumier

http://www.mairie-crest.fr/Nouveau-compost-collectif-a-Crest.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Compostage_(biologie)#cite_note-15

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/fiche-technique-le-compostage-201511.pdf

https://fr.wikipedia.org/wiki/Terreau

https://fr.wikipedia.org/wiki/Humus

Pour agir :

http://jeveuxmonbacbio.org/agir/

http://www.compost-territoire.org/

Tuto lombricomposteur : http://www.compost-territoire.org/lombricompostez.html

Notes:

Devenir des OM :

– 21% enfouissement

– 38% combustibles ou enfouissement si aucun acheteur

– 2% métaux

– 26% compost >> Donc 1/3 de la poubelle grise est occupé par les matières compostables

– 13% évaporation naturelle

NB : Le bar associatif c’est le Cause Toujours et la librairie c’est L’oiseau Siffleur, à Valence !

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